« Un soir dans un tramway en face de moi, un nègre […] Son nez qui semblait une péninsule en dérade et sa négritude même qui se décolorait sous l’action d’une inlassable mégie […]. Un gros oreillard subit dont les coups de griffes sur ce visage s’étaient cicatrisés en îlots scabieux. On voyait très bien comment le pouce industrieux et malveillant avait modelé le front en bosse, percé le nez de deux tunnels parallèles et inquiétants, allongé la démesure de la lippe, et par un chef-d’œuvre caricatural, raboté, poli, verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la création. »

Ne se rappelle-t-on pas de ces mots poignants ? Dans « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire. C’est la caricature verbale du nègre rescapé de l’esclavage et encore sous le joug de ses conséquences. Avec les Jean Price Mars, Léopold S. Senghor, d’Aimé Césaire et autres, un souffle de libération a agité l`horizon. Dorénavant, ces hommes ne sont plus. Ils n’ont pu à la cime de la montagne du temps, mais leur projet anime encore les collines. Avec des successeurs conscients de l’impératif. De la partie, Wilberte Dessalines Zozaya !

Wilberte Dessalines est née en Haïti. Vers les années 2000, elle part en France où elle vit depuis. Désormais, autodidacte, elle pratique en paire des arts de création de formes : la peinture et la sculpture. Des œuvres présentées en trois dimensions.

L’inspiration de cette artiste vient de plusieurs horizons. D’un côté, de l’esclavage dont son œuvre trace l’histoire. D’ailleurs, vivant en France, elle constate que le passé esclavagiste de la France est méconnu de la population lambda. Ainsi, elle réalise un travail de mémoire, œuvrant avec des associations françaises de Bordeaux, La Rochelle, Brest, qui sensibilisent sur la question.

De la même coulée, elle crée le visage de la négritude, inspirée par les travaux de Jean Price Mars et ses pairs. D’où les nègres et négresses de son catalogue, présentés de toutes les postures et de toutes anatomies, avec un concept de mise en valeur.

D’un autre côté, le monde paysan haïtien, bassin de l’identité haïtienne, dit-elle, joue sa part, encore suivant les traces de l’indigénisme porté entre autres par les idées de Price Mars dans Ainsi parla l’Oncle notamment. Les femmes avec leurs paniers au marché ou en route, les hommes avec leurs djakout qui vont au jardin, le combite, les paysans en posture de vaudouisant, aucun n’échappe à son art.

Tout prend forme à la base de papiers d’emballage de marché, de vieux tissus, et autres objets d’aucune spécialité. Le recyclage est donc aussi dans les parages.

Dans l’œuvre de Wilberte Dessalines, c’est le paysan haïtien, l’homme noir dans toute sa beauté, dans une posture de fierté, portant avec courage le poids de son passé et déterminé à franchir les obstacles post-traumatiques, héritages auxquels la société moderne ne renonce encore.

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