Que les Haïtiens laissent leur terre pour aller chercher de meilleures conditions de vie ailleurs, cela ne date pas de la naissance de notre chère patrie. La première vague d’émigration est constatée de la période allant de 1912 à 1928. Les Américains débarquent en 1915, et là, le phénomène a pris dangereusement du champ. Notamment avec des paysans qui ont été exproprié de leur terre. Ils ont été obligés d’aller couper de la canne à sucre dans des plantations américaines à Cuba, à Saint-Domingue.

Relevons ce passage du Tome II de l’ouvrage Les Blancs Débarquent de Roger Gaillard sur l’occupation américaine pour se faire une idée plus exacte du phénomène :

« Hélas, c’est pour la première fois dans les annales haïtiennes qu’on voit artisans et cultivateurs, avec un cœur léger, s’expatrier ainsi, sans esprit de retour, car nous en avons entendu dire, au moment du départ, prenant leur dernier grog sur le sol d’Haïti :

˗ Nou baille tè-la ; fais ça nou vlé avec li. (On s’en va ; faites de cette terre ce qui vous plaira.)

Si l’on ne s’empresse pas de tempérer cette désertion, le dénouement sera funeste pour la République d’Haïti. »

En 1937, le dictateur sanguinaire dominicain massacra 30 000 haïtiens. Ce drame amorça un frein dans le phénomène émigratoire.

Dans les années 1950, la communauté haïtienne en République dominicaine est estimée à environ 19 000 habitants. Aux Etats-Unis, la présence des Haïtiens était insignifiante. Dans les Antilles comme Bahamas, Guadeloupe, Guyane, Martinique, les Haïtiens n’y allaient pour faire commerce et revenir, notamment les pécheurs.

À partir des années 1960, le fléau du duvaliérisme commençait à frapper Haïti. Un régime que les Etats-Unis bénissaient contre offrande, entre autres, de combattre le communisme. Et l’exode externe reprit ses droits. Dès 1964, la population haïtienne en République dominicaine était déjà de 60 000, et de 300 000 en 1970. Aux États-Unis, en 1960 et 1970, la communauté haïtienne passa à 200 000 membres. Les boat-people commencèrent à prendre la mer vers Miami en 1972, et donnaient présence à environ 70 000 haïtiens qui arrivèrent par ces moyens suicidaires.

Les Antilles françaises commençaient à accueillir des Haïtiens à partir de 1971. Et ils étaient déjà au nombre de 30 000 en 1982. En plus, dans « Les Haïtiens au Québec » (1978), Paul Dejean montre que l’immigration des haïtiens au Canada ne commença sous le régime des Duvalier.

Tirons les conclusions que : d’une part, le néo-duvaliérisme doit considérer la situation actuelle du pays à la pincette dans les approches comparatives qu’il fait partenaire de sa nostalgie. D’autre part, les Etats-Unis se montrent souvent impliqués à la source dans les phénomènes successifs d’émigration de masse de la population haïtienne qu’il leur incombe la charge de réserve aux décisions punitives.

cf. Laennec Hurbon. Comprendre Haïti: essai sur l’État, la nation, la culture. 1987

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