Juillet 1915, des soldats américains débarquent sur le sol haïtien, dans l’intention d’occuper ce pays libre et indépendant qui traversaient une crise politique interne effroyable. À la suite de cet avènement, un accord – la Convention, a été signé entre les occupants et le gouvernement haïtiens pour qu’Haïti reste sous le protectorat américain. Donc de formaliser l’occupation.

Cependant, aucun traité n’accordait pas à la Légation des États-Unis le droit de faire objection aux lois de l’État d’Haïti. Seulement, par une lettre du 24 août 1918, le ministre des Relations extérieures – Louis Borno, avait avisé le ministre américain – Bailly-Blanchard, que « tout projet de loi portant sur l’un des objets du traité serait, avant d’être présenté au pouvoir législatif, communiqué à la Légation des États-Unis pour l’information de son gouvernement et, s’il était nécessaire, pour une discussion entre les deux gouvernements ».

Par ces mots, la Légation des États-Unis « étendit arbitrairement le sens de ce gentleman’s agreement en prétendant que tout projet de loi, quelle qu’en fût la nature, devait être soumis à son approbation ou à sa censure : elle s’attribuait ainsi un droit de veto, dont elle se servit pour bloquer toute l’activité gouvernementale ». Ainsi, elle en profitait pour déplacer les pions administratifs en son avantage.

Alors, en 1920, elle proposa – par l’intermédiaire de leur Conseiller financier, M. Mcllhenny – au gouvernement haïtien de prohiber par une loi l’importation en Haïti de la monnaie d’or américaine. Alors que cette dernière, elle constituait la base de toutes transactions commerciales dans le pays. Une mesure qui avait pour but d’avantager au détriment des autres maisons de commerce – particulièrement de la Banque Royale du Canada qui venait de s’établir à Port-au-Prince – la Banque Nationale de la République d’Haïti, filiale de la National City Bank of New-York, à laquelle les autorités américaines voulaient réserver le monopole de l’importation des monnaies d’or étrangères.

Le gouvernement haïtien refusa cette proposition qui, en réalité, n’en était pas une, puisque de là, la Légation américaine se mit à mettre la pression. Ainsi, le conseiller financier, appuyé par le ministre des États-Unis et le chef de l’Occupation, suspendit le vote du budget 1920-1921 et confisqua, avec l’approbation du Département d’État, les indemnités du président de la République, des ministres et des conseillers d’État.

Illico, le Président Dartiguenave adressa un message personnel au Président américain, M. Wilson, pour protester contre une telle mesure considérée « attentatoire à la dignité nationale ». Le Département d’État américain répondit alors que les salaires des autorités haïtiennes leur seraient payés après le vote de ces quatre lois : l’une consacrant la gourde papier de 20 centimes de dollar américain (billet de la Banque Nationale de la République d’Haïti) comme l’unité monétaire légale du pays ; la deuxième relative au bail des terres de l’État haïtien dans les conditions désirées par les Américains ; la troisième modifiant les statuts de la Banque Nationale de la République d’Haïti ; et la quatrième transférant cet établissement de nationalité française à la National City Bank de New-York.

Le Président Dartiguenave et les autres membres du gouvernement haïtien ne s’accordèrent point de faire voter aucune de ces lois. Ils les considéraient comme contraires aux intérêts du peuple haïtien. Et aussi à ce moment, ils n’admirent pas que le paiement de leurs traitements pût être soumis à une condition aussi outrageante.

C’est un cas de plus au plus au niveau de l’administration qui prouve que malgré l’occupation, il restait encore allumée une étincelle de la dignité haïtienne. Le Président Dartiguenave et ses ministres étaient infimes dans les rapports de force, cependant, ils s’opposèrent vigoureusement à beaucoup des suggestions irrespectueuses américaines. C’est en ce sens que le gouvernement haïtien « refusa de faire passer la loi transférant la Banque Nationale de la République d’Haïti à la National City Company de New-York et celle accordant le droit de propriété immobilière à l’étranger dans les conditions voulues par les Américains ; de sérieux conflits s’élevèrent au sujet de questions d’éducation nationale et, finalement, le Président Dartiguenave se montra hostile à un emprunt aux États-Unis avec les conditions du Département d’État ».

Cf. Dantès Bellegarde. Histoire du peuple haïtien (1492-1952). 1953.

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