La Bataille de Vertières est l’évènement ultime géniteur de l’indépendance d’Haïti. À cette époque, l’Occident était dominé par la pensée des protagonistes du Siècle des Lumières, ayant l’Europe comme foyer. Des pensées qui par-dessus de tout, prenait la défense des notions de la liberté et de l’égalité. Avec la Révolution haïtienne et son aboutissement que couronna la Bataille de Vertières, les prometteurs de ces pensées sont mis à nu. Nous nous permettons de partager un extrait de l’ouvrage L’échec de l’aide internationale à Haïti : dilemmes et égarements de Ricardo Seitenfus pour un état des lieux.

« Il y a le paradoxe du discours sur la liberté avec la pratique de l’esclavage. Le radicalisme de la révolution haïtienne a mis au rebut les prémices les plus progressistes des principaux penseurs humanistes européens du siècle des Lumières. En étant confronté aux idées, aux luttes et aux drames de Saint-Domingue, ce qu’il y avait de plus pur, de plus novateur, de plus révolutionnaire et de plus humaniste est devenu gauche, inconsistant et insuffisant.

Il n’est pas surprenant que Thomas Hobbes considère l’esclavage comme « une partie inaliénable de la logique de pouvoir » ; que John Locke, « actionnaire de la Compagnie Royale d’Afrique impliquée dans la politique coloniale américaine de la Caroline », justifie son existence, ou que François Marie Arouet, dit Voltaire, qui sous le règne de Louis XVI s’enrichissait grâce à des spéculations financières et notamment des actions de compagnies investissant à Saint-Domingue, ne se soit pas manifesté contre la pratique. Le silence tacite et complice de Jean-Jacques Rousseau est au contraire très étonnant. Il était un défenseur intransigeant de la liberté, pourtant il n’a jamais fait référence aux événements de Saint-Domingue et n’a pas davantage cité la pratique de l’esclavage en Afrique.

Georg Wilhem Friedrich Hegel est un cas exemplaire. Pendant 200 ans, un silence pesant a recouvert ses relations avec l’esclavage haïtien. Le voile a été levé il y a peu, montrant qu’il s’est inspiré de la révolution haïtienne pour rédiger La phénoménologie de l’esprit et analyser la dialectique des rapports entre le maître et l’esclave. Comme ses collègues contemporains, il était obnubilé par le racisme.

Face à l’attitude des gardiens de la liberté et de l’égalité, la révolution haïtienne ne pouvait être vue qu’à travers la violence de l’acte, l’inhumanité des combats et le prétendu radicalisme injuste d’un monde dominé par des croyances superstitieuses. »

Faut-il comprendre que le symbolisme de la Bataille de Vertières tape toutes les couches sociales dominantes de l’Occident sur le revers de la main :

« L’Occident raciste et euro-centrique a créé un système colonial qui a jeté son filet sur le monde à partir du XVIe siècle pour dominer des populations des autres continents. L’idée de la suprématie de la race blanche sur les autres races était incontestable. D’où la grande difficulté à accepter – et encore moins à expliquer – une défaite indescriptible. Sans compter qu’il ne s’agissait pas de n’importe quelle défaite militaire. Elle est chargée de symbolisme car elle s’oppose aux leçons des puissances coloniales avec l’exemple triplement révolutionnaire d’une défaite militaire, de l’abolition du système esclavagiste et de l’instauration d’une république indépendante ».

Ne devons pas conclure que la Bataille de Vertières a été toute aussi une lutte idéologique que militaire, dont l’issue à frustré même ceux qui ne se sont engagés militairement. Donc, à Vertières, Haïti a vaincu les ennemis d’armes, mais a semé de l’inimitié idéologique.

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